
C'est un grand classique du tourisme picard que j'ai fait samedi dernier : la traversée de la baie de Somme.
C'est une promenade à pied depuis Saint Valéry jusqu'au Crotoy, qui dure environ 3 heures. Nous étions un groupe d'une trentaine de personnes, la plupart équipées de bottes, que beaucoup ont abandonnées quand ils ont vu le guide pieds nus.
On se promène d'abord le long du chenal de la Somme, à quelques centaines de mètres de Saint Valéry : le sol est sablonneux et le guide nous explique tout d'abord que le simple phénomène de rencontre entre eau douce et eau salée conduit à un ensablement naturel de la baie (par agglomération des alluvions du fleuve au contact du sel). Il rappelle qu'Abbeville, Noyelles, Port-le-Grand étaient des ports de la baie de Somme il y a mille ans (aujourd'hui, Abbeville est à environ 20 km de la baie).
Mais il ajoute ensuite que la politique d'aménagement de la baie a varié selon les époques et les objectifs que se fixe l'Homme : par exemple, le chenal a été construit pour développer le port de Saint Valéry en évitant le déplacement naturel du cours de la Somme (effet de fouet). Malheureusement, la construction de digues pour faire le chenal a accéléré l'ensablement de la baie, si bien que Saint Valéry, autrefois port de cargos, n'accueille plus que des barques aujourd'hui. C'est donc un guide malin que nous avons, amoureux de la baie de Somme mais pas écologiste buté. Un guide qui montrera sa parfaite connaissance des avantages et inconvénients de la chasse, de l'élevage et des différents projets autour de la baie.
Après une partie sur le sable , soit les endroits où la marée vient régulièrement, nous commençons à traverser les prés salés, zones plus élevées où l'eau ne vient que pour les grandes marées: une végétation basse peut s'y développer et c'est ici que les bergers vont faire paître les moutons. Le guide en profite pour tacler les éleveurs du Mont Saint Michel, qui ont protégé l'appellation "Mouton de pré salé", empêchant les éleveurs de la baie de Somme de l'utiliser. Du coup, ici on appelle ça "L'agneau d'Estrant" et, au passage, on fait remarquer que les animaux picards vont tous les jours paître dans des zones recouvertes par la mer (entre 100 et 300 jours par an pour avoir l'appellation) alors que les moutons du Mont restent dans des pâturages recouverts quelques fois par an seulement.
Pour finir, le guide nous emmène sur les endroits les plus élevés de la baie, où la végétation a pu se développer encore plus (petits buissons) : il nous fait goûter quelques plantes, plutôt pas mauvaises (oreilles de cochons, salicorne, etc.) et nous montre aussi une hutte. Je suis bien content parce que je ne voyais pas trop comment ces espèces de cabane pour la chasse pouvaient flotter avec la marée, sans être détruite ou au moins brinquebalées. Et j'ai compris maintenant. Là encore, le guide pointe les raisons et les limites de la chasse et en profite pour s'interroger sur l'avenir des oiseaux migrateurs qui utilisent la baie de Somme comme une station-service et pourraient la perdre rapidement (plutôt à cause de l'ensablement qu'à cause de quelques cartouches). Il estime qu'aujourd'hui, l'ensablement va à peu près 100 fois plus vite que son rythme naturel.
La balade se termine au Crotoy (la seule plage du Nord exposée au Sud !), lui aussi ancien port de pêche important aujourd'hui presque totalement ensablé. Le guide peste un peu contre la digue qui a été refaite pour 1 million d'euros ou les efforts faits pour faire couler un ruisseau directement dans la baie (le Dien), qui ont coûté 600 000 euros...
Si nous n'avons que la traversée, il est possible de passer une journée complète, avec trajet en train à vapeur du Crotoy à Saint Valéry puis retour à pied par la baie. Ça fait une belle sortie pour le week-end depuis Paris.
Le trajet approximatif dans Google Maps (pour ceux qui se demandent, tous les ronds dans la baie ne sont pas un signe de vie extra-terrestre mais seulement les bassins devant les 159 huttes pour attirer les canards) :
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